Aujourd’hui ancré dans la culture populaire, le mot « tatouage » semble moderne. Pourtant, son étymologie nous fait voyager à travers les océans et le temps, jusqu’aux confins du Pacifique Sud. L’histoire de ce terme est un exemple fascinant de la manière dont une pratique millénaire a été redécouverte et nommée par l’Occident.
L’écho du Pacifique : Le Tatau originel
Bien avant que le mot n’existe en Europe, les peuples de Polynésie pratiquaient déjà cet art depuis des siècles. L’origine du terme est purement onomatopéique, elle imite un son. En tahitien et en samoan, le mot « tatau » désigne l’action de frapper.
Ce terme provient de la racine ta, qui signifie « frapper » ou « dessiner », répétée deux fois pour évoquer le bruit régulier et rythmé du petit peigne en os ou en écaille de tortue que l’on percutait à l’aide d’un maillet en bois pour insérer l’encre sous la peau : « ta-ta-ta ».
Au-delà du son, le tatau revêtait une importance sociale et spirituelle cruciale. Il racontait l’histoire d’un individu, son rang, sa lignée et ses exploits territoriaux.
Le voyage linguistique de James Cook
La rencontre entre l’Occident et cet art corporel s’est faite par la mer. En 1769, l’explorateur britannique Captain James Cook jette l’ancre à Tahiti lors de son premier voyage d’exploration scientifique.
Fasciné par les marques sombres arborées par les insulaires, Cook consigne ses observations dans son journal de bord. Faute de terme équivalent dans sa propre langue, il tente de transcrire phonétiquement ce qu’il entend. Il écrit alors le mot tattow (qui donnera plus tard tattoo en anglais).
« Ils impriment des signes sur le corps des gens d’une manière qu’ils appellent « tattow » »
Extrait des journaux de bord de James Cook, 1769.
Au retour de l’équipage, les marins britanniques, séduits par cette coutume, commencent à se faire tatouer à leur tour, important la pratique et le mot en Europe.
L’officialisation dans la langue française
En France, avant l’introduction du terme polynésien, on parlait de « piqûres », de « hiéroglyphes » ou de « stigmates ». Le mot fait sa première apparition littéraire en français en 1774 grâce à la traduction des récits de voyage de Cook par Jean-Baptiste Suard.
Le mot se francise progressivement pour devenir « tatouage », mais il mettra du temps à obtenir sa légitimité officielle :
- 1774 : Introduction de la forme francisée dans les récits de voyage.
- 1858 : Le mot « tatouage » est officiellement admis par l’Académie française dans son dictionnaire.
D’abord associé aux marins, puis aux prisonniers et aux marginaux au XIXe siècle, le tatouage a parcouru un long chemin pour devenir l’expression artistique et personnelle que l’on connaît aujourd’hui, tout en conservant, dans ses syllabes, le souvenir du rythme des maillets de Tahiti.


